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    February 25

    Pique, hardie!

     
    Dans ces terres boueuses
    Ou tristesse fait légende
    La nature insidieuse
    Fait sa loi et commande.
     
    Elle pique, hardie
    De sa pluie et de son vent
    Et recolore de noir et gris
    Le coeur blème des pauvres gens.
     
    Doucement s'annonce l'hiver
    Celui qui ternit la lumière
    Et qui interdit les ombres
    Et déjà les âmes sombrent
    Dans la déprime saisonnière.
     
     
    Couleur unie du ciel au sol
    Plus un regard ne se lève,
    Seuls quelques corbeaux s'envolent
    Là où s'envolaient nos rêves.
     
    L'hiver, de son grand manteau gris
    Recouvre tout, étouffe les bruits
    Chaque sursaut est un surcis
    Dans un monde anéanti.
     
    Peu à peu, le froid saisit
    Et la nature sévit.
    L'hiver se resserre
    Comme un garrot sur la vie.
     
    Les arbres sont les pleureuses de cette nature défunte
    De leurs bras tendus vers le ciel ils implorent sans fin
    Une délivrance, une chaleur, un rayon de lumière
    Portant en eux toute la misère
    D'une nature, résignée...
     
    Pauvres squelettes abandonnés
    Fantômes d'une vie passée
    Jadis si forts et bien vivants
    Bruissant leurs charmes au grès du vent...
    Les arbres aujourd'hui sont nus et amaigris
    On ne voit que leurs poux que l'on appelle le gui
     
    Ils semblent bien morts, mes amis des forêts!
    Ils sont leur propre croix de bois plantée à même le sol
    Pourront-ils un jour se réveiller
    Ou la nature devient folle...
     
    Dans ces contrées de vent
    Qui punit tout vivant
    Fleur, arbre ou chien errant
    Les gens ici ont un accent
    Qui ne chante pas, plutôt il mord
    Comme pour se défendre devant
    Toute agression du dehors
     
    C'est du Pic'Art
    Des mots poignards
    Lancés un peu à tout va
    Comme pour pas prendre foid
    Ou donner de soi...
    Dans ces pays où l'âme se ramifie
    On garde ses forces pour rester en vie
    Tout est un combat permanent
    Entre le dehors et le dedans.
     
    Les coeurs hibernent, les mois passants
    L'homme n'est plus le tout puissant
    Il est lui-même un pion vivant
    D'une nature au commandement.
     
    Alors on veut réchauffer les coeurs
    Avec des feux de cheminée
    Réanimer la bonne humeur
    Avec des fêtes aux feux follets
     
    Bonnant malant, on tient le coup
    On vivotte jusqu'au jour où
    Après six mois d'un long hiver
    L'hirondelle revient la première.
    La nature se réveille, comme on sort d'un coma
    Elle agite doucement un doigt, puis deux puis trois
     
    Et voilà
    La sève circule et le coeur bas
    Les bourgeons au bout des bois
    Sont un peu comme la victoire
    De la vie sur le désespoir
    De la vie qui pique, hardie
    Et ce même en Picardie